Le moussem de Sidi Bou-Ghaba connaît un succès incomparable

Mohammed El Filali13 décembre 2025Dernière mise à jour :
Le moussem de Sidi Bou-Ghaba connaît un succès incomparable

Echo du Maroc 27 septembre 1937

Le moussem de Sidi Bou-Ghaba connaît un succès incomparable

L’immense campement des admirateurs de Sidi Bou-Ghaba, dont on aperçoit le marabout à mi-pente, peuplé de plus de 20.000 indigènes, à l’occasion du moussem qui se déroule actuellement.


Comme chaque année, se déroule actuellement le grand moussem de Sidi Bou-Ghaba qui se tient autour du marabout de Sidi Bou-Ghaba du lac de Mehdiya, non loin du bord de l’Océan.
​Là, dans un site ravissant et coloré le marabout exceptionnel par sa conformation, sa coupole et son long et haut mur de clôture, montée avec une tache d’une blancheur éclatante, sur-montée de nombreux oriflammes de diverses couleurs qui claquent au vent de l’Océan, éloigné de quelques cents mètres et séparé par une dune de sable fin ouverte d’un seul côté d’une végétation rabougrie.
​Depuis plusieurs jours déjà le moussem bat son plein et pourtant, d’innombrables pèlerins arrivent sans arrêt par les deux pistes permettant l’accès à Sidi Bou-Ghaba; ils arrivent, en longues théories, à pied, à cheval, à dos de mulet ou d’âne, poussant des troupeaux de moutons, portant d’énormes ballottas qui contiennent tentes et ustensiles de cuisine pour camper. Ils descendent la montagne, pressés, avides de prendre part aux distractions communes.
​Les collines dominant les rives du lac, en son extrémité, côté du marabout, sont peuplées de milliers de tentes ainsi que la haute montagne boisée qui surmonte ce lieu saint, sans oublier les dunes qui sont également couvertes de campements. Plus de vingt mille individus sont ainsi campés dans la vallée et sur ses deux versants, l’un montagneux et boisé, l’autre sablonneux. A fleur de coteau, sur la montagne le marabout dans son immobilisme de pierre contemple cette foule bruyante, chamarrée, joyeuse. Forains et pâtissiers ambulants font réjouir et rire commerçants installés sous leurs tentes de souk discutent à grands gestes en faisant des affaires d’or. Quelques rares européens viennent s’imprégn-er de la fête locale, mais leur présence passe inaperçue de la foule enthousiaste dont la fête ne prendra fin que samedi, après une fantasia de clôture exceptionnelle.
​Qui donc était au juste Sidi Bou Ghaba dont la mémoire est ainsi vénérée et quelle fut sa tâche parmi tant de saints indigènes connus et vénérés?
​Les habitants de Salé et de Mehdiya (Kénitra n’existait pas), rapportent que Sidi Bou-Ghaba, de son vrai nom Sidi Abdelselam Cherkaoui, originaire de Boujad, était un ardent combattant pour la foi et un merveilleux propagandiste de la religion musulmane.
​Il vivait à de nombreux combats, livrés aux rois de Salé à de redoutables pirates et fut mort au cours de l’un d’eux, en 1013 de l’ère ceoit vers l’an 1605 de l’ère chrétienne. Depuis lors, il fut l’objet d’une vénération entière et les adorateurs lui ont éle un sanctuaire avec coupole remarquable sur son architecture et son emplacement.
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où chaque année de nombreux pèlerins se rendent en mousseum, demander la protection du Saint homme disparu.
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De nombreuses légendes sont rapportées à propos de Sidi Bou-Ghaba; c’est ainsi que pour nos lecteurs nous avons pu recueillir les suivantes :
​Une fois, les Sehoulis, aidés par les Zemmours livrèrent une terrible guerre aux Ameurs (actuellement tribu de Tiflet-Louta). Ceux-ci furent battus et durent battre en retraite. Or, alors que poursuivis par l’ennemi, aux abords du marabout de Sidi Bou-Ghaba, les Ameurs allaient être détruits, les poursuivants furent assaillis par un nombre incalculable de mouches de cheval et, sitôt qu’un combattant ennemi se retirait aux côtés des Ameurs, il n’était plus poursuivi par les mouches. Zemmours et Sehoulis cherchèrent un refuge dans la forêt voisine mais ne trouvèrent, à leur grande surprise, l’explication par les terribles mouches. C’est d’ailleurs à l’origine du surnom donné à Sidi Bou-Ghaba, parce que ce saint aurait anéanti dans la forêt la majeure partie de ceux qui avaient combattu contre les Ameurs.

Au moment du Mouessem de Sidi Bou-Ghaba, il paraît que tous les gens quittent leurs douars, les laissent à l’abandon, sans gardiens. La garde de leurs biens et de leurs animaux est assurée par Si Bou-Ghaba lui-même. Ce fut-lui, en effet, monte sur un cheval blanc qui entourait les douars, ramenait les animaux qui cherchent à s’éloigner, il chasse les voleurs qui tentent de commettre un méfait et assure une garde vigilante, nuit comme de jour pendant toute la durée du Mouessem en son honneur. Une fois le mouezem terminé, à leur retour, les gens trouvent leurs biens, dit-on, intacts.

On raconte cependant qu’une fois, une bande de voleurs réussit à enlever un homme considérable de bourse aux abords de Mehdya alors que le mouessem de Sidi Bou-Ghaba battait son plein. En cours de route, les provins se transformèrent subitement en jument. Ce miracle fait l’épouvante dans le clan des voleurs qui prirent la fuite poursuivis par les animaux. Quelques jours après les porcs rentrèrent au douar où ils reprirent leur forme naturelle.

Voici quelques-unes des multiples légendes toutes plaisantes qui circulent, sous le manteau, à propos de notre Saint Sidi Bou-Ghaba de ce fait le marabout en question est l’objet d’une grande vénération de la part des habitants de la région ; nous en reviendrons le dirons plus haut.
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