Affaire La Samir face à la stratégie énergétique du Maroc.

Mohammed El Filali26 juin 2026Dernière mise à jour :
Affaire La Samir face à la stratégie énergétique du Maroc.

Affaire La Samir face à la stratégie énergétique du Maroc.

La question qui se pose lorsqu’on évoque le problème de la raffinerie pétrolière La Samir est: pourquoi nous n’avons toujours pas trouvé d’acquéreur pour cette raffinerie, alors qu’elle est en vente par le tribunal de commerce de Casablanca depuis plus de 9 ans, au prix d’ouverture de 2 milliards de dollars ?
En réponse à cette question, plusieurs facteurs interdépendants ont maintenu en suspens l’une des plus importantes affaires de liquidation judiciaire empêchant jusqu’à présent la vente de cette raffinerie.

Situation ambiguë

Pour entamer ce sujet, il convient de rappeler que depuis la cession des parts de l’État de cette importante et vitale Entreprise, plusieurs obstacles ont bloqué son exploitation normale ce qui a créé un tournant stratégique dans le secteur des hydrocarbures au Royaume.
Outre, on se demande si la raffinerie reprenne activité, y’aurait-il une incidence significative sur les prix du carburant ,sachant que l’enveloppe de ses dettes est estimée à 4 milliards dollars ?
En plus, ce qui demeure un énigme, c’est malgré la réception de plus de 35 demandes locales et étrangères pour la reprise de l’activité, aucune n’a été retenue.
A rappeler également qu’en 2018, son ancien propriétaire, l’homme d’affaires saoudien Mohammed Hussein Al-Hamoudi, a déposé une requête auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, ce qui constitue un autre handicap qui empire la situation.

Un petit rappel

Avant de cesser son activité en 2015, la raffinerie fournissait environ 64% des besoins du Maroc en produits pétroliers raffinés après leurs importations sous forme de pétrole brut, ce qui permettait aux marges de contrôler les niveaux des prix locaux et les capacités de stockage qui s’estiment selon le rapport du conseil de la concurrence à 2 millions de mètres cubes.

Centre d’arbitrage de la Banque Mondiale

La décision du centre d’arbitrage de la Banque Mondiale demande au Maroc de verser la somme de 150 millions dollars d’indemnités au saoudien ex-propriétaire , sachant que ce dernier
réclame 2,7 milliards de dollars en faveur de sa société suédoise Corral Petroleum Holding.
Malgré cette décision, qui n’oblige le Royaume que de 7% du montant réclamé par la société suédoise, le gouvernement marocain retarde encore ce paiement, il paraît qu’il a d’autres visions plus stratégiques pour clôre le dossier de cette entreprise moteur essentiel de l’économie nationale, et qui emploie plus de 4500 personnes ( ouvriers, techniciens et ingénieurs).

Pour l’histoire, La Samir a été fondée en 1959 grâce à une collaboration entre le gouvernement marocain et une compagnie pétrolière italienne.
Par la suite, l’État a racheté la participation des Italiens et fait entrer La Samir à la bourse de Casablanca en 1996.
Un an après, 67 % des parts ont été vendues au groupe suédois Coral Petrol Holding.

Propositions du Syndicat des travailleurs

Ce qui est préoccupant, c’est que, malgré la confirmation du syndicat des travailleurs de
La Samir concernant le bon état de la machinerie et des équipements, sa remise en marche nécessite un budget de 300 millions de dollars, somme qui s’avère coûteuse, mais demeure raisonnable compte tenu des 10 millions de dollars que l’entreprise dépensait chaque année pour cette maintenance.
Outre, le syndicat avait même proposé une souscription nationale de collecte de fonds pour la préservation des équipements en attendant sa cession à un nouvel investisseur.

La Samir réduisait les coûts

Le coût des dépenses du pétrole raffiné au Maroc frôle les 12 milliards de dollars/ An, pétrole exploité et distribué par 31 sociétés, dont les plus importantes sont la française Total et la Marocaine Afriquia Gaz.
Néanmoins si la raffinerie
La Samir reprendrait ses activités, elle pourrait réduire les coûts d’importation d’environ 2 milliards de dollars/An, compte tenu de la différence entre le prix du pétrole brut et du raffiné estimé à 2 Dirhams/litre, sachant que la consommation du pays s’élève à 10 milliards de litres/An.

Volet social

Socialement et dans l’attente du transfert de propriété, le tribunal de commerce de Casablanca émet tous les 3 mois une ordonnance judiciaire pour prolonger les contrats de travail des employés.
L’octroi de cette autorisation vise à préserver la situation salariale du personnel dans l’espoir de relancer la raffinerie.
Cela témoigne d’une volonté de résoudre ce problème, mais seulement lorsque toutes les conditions d’une vente totale seront réunies, et non une vente partielle des actifs, sachant que la reprise de l’activité de la raffinerie doit intégrer le paramètre de la levée de la subvention de l’Etat décidé en 2015 visant à réduire les coûts de compensation.

Chute flagrante de la valeur de l’action La Samir

En 2014 La Samir a enregistré des pertes estimées à 250 millions de dollars, pour un chiffre d’affaires de 4,4 milliards dollars, ce qui a impacté négativement la valeur de son action en bourse qui a chuté à 127 dirhams contre 1100 dirhams en 2007.
Pour l’instant, les petits actionnaires, qui représentent
27% du capital de la société, restent dans l’incertitude quant au sort de leurs investissements, dans l’attente du transfert et la reprise d’activités.

Opportunité/ Conversion de la Raffinerie

Au sein de ces complexités, des solutions d’avenir émergent, notamment grâce aux investisseurs des pays du Golfe, une opportunité qui a été renforcée après la perturbation des chaînes d’approvisionnement suite à la guerre d’Iran.
En effet, la situation géographique du Maroc lui confère de jouer un rôle déterminant dans la redéfinition des échanges énergétiques transatlantiques.
En revanche, la conversion de la raffinerie en centre de stockage stratégique demeure une solution temporaire envisagée.
Outre, grâce à sa capacité de stockage de 2 millions de mètres cubes de produits pétroliers,
La Samir représente une réserve nationale en produits énergétiques pouvant atteindre 71 jours, un atout très important compte tenu des fluctuations du marché mondial.
Sans oublier que ce site de raffinage situé à Mohammedia, pas loin de Casablanca, représente également un atout marocain important dans le domaine des énergies renouvelables.
Certaines sources indiquent que Rabat prévoit l’intégrer dans son méga- projet d’hydrogène vert dont les prévisions tablent sur le chiffre colossal de 3,4 Milliards dollars à l’export d’ici 2030.
Tout cela fait de la remise en service de la raffinerie non seulement un simple choix économique, mais aussi stratégique.

Marché du carburant au Maroc en difficulté

Ceci dit, mais n’empêche de dire qu’actuellement le marché des carburants au Maroc est en difficulté, et le litre de gasoil est le plus élevé dans le monde arabe, ce qui renforce de plus en plus l’idée de construction d’une nouvelle raffinerie.
Cependant, le gouvernement marocain semble avoir clarifié sa position indiquant que la création d’une nouvelle entité n’est pas envisageable dans les circonstances actuelles en raison de l’absence de demande claire d’investissement à cet égard.
Même le projet qui était prévu avec les Russes depuis 2019 pour la construction d’une raffinerie dans le port de Nador n’est plus qu’un souvenir à cause de la guerre Russe-Ukraine.
Cette situation s’avère encore plus compliquée au vu de la pression exercée par les sociétés qui stockent et distribuent le gasoil importé et qui, selon les derniers chiffres, réalisent des marges bénéficiaires allant jusqu’à 28%.
Outre, ces sociétés constituent un lobby qui s’oppose à toute mesure visant la relance de la raffinerie La Samir.
Elles profitent également du surendettement de l’entreprise chiffré à 4,3 milliards de dollars et s’en servent comme prétexte pour bloquer les négociations avec les investisseurs intéressés.

A vrai dire, alors que le gouvernement cherche à reporter la question de réouverture de
La Samir au profit de projets d’énergies alternatives et évite tout conflit avec les réseaux d’importation, la société civile et les syndicats sont impatients de récupérer plus de 4 500 emplois.
La réintégration de cette Vitale Entreprise demeure un acte politique audacieux face à ces pressions exercées.

   Marrakech le 26/06/2026 
   Noureddine Bencherkroun
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