Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a demandé ce vendredi 16 juin 2023 devant le Conseil de sécurité de l’ONU le « retrait sans délai » de la mission des Nations unies dans son pays, la Minusma, dont il a dénoncé « l’échec » dans sa répondre au défi sécuritaire. L’annonce d’Abdoulaye Diop semble avoir pris de court certains membres du Conseil, qui ne s’attendait pas à cette réaction de la part des autorités maliennes.
Il était question ce vendredi, dans les coulisses de l’ONU, d’une importante sortie du Mali à la tribune du Conseil, mais seuls les membres permanents étaient au parfum de la teneur d’une telle requête: la demande de retrait immédiat de la Minusma. Pourtant, les autorités de transition semblaient tenir à cette force quelques mois auparavant. Ensuite, les négociations du renouvellement de mandat étaient prévues début juillet.
D’aucuns estiment que cette annonce demeure tout de même une surprise, en dépit de signes avant-coureurs.
« Le gouvernement du Mali sollicite le retrait sans délai de la Minusma. Toutefois, le gouvernement est disposé à coopérer avec les Nations Unies dans cette perspective », a déclaré Abdoulaye Diop, rejetant dans le même temps toutes les options d’évolution du mandat de la mission de maintien de la paix proposées par le secrétaire général de l’ONU.
Abdoulaye Diop a martelé qu’après une décennie sur le terrain, le travail de la Minusma était un cuisant échec.
« La Minusma semble devenir partie du problème en alimentant les tensions communautaires, déjà exacerbées par des allégations d’une extrême gravité et qui sont fortement préjudiciables à la paix, à la réconciliation et à la cohésion nationale du Mali », a-t-il estimé.
« Cette situation engendre un sentiment de méfiance des populations à l’égard de la Minusma et une crise de confiance entre les autorités maliennes et la Minusma », a-t-il insisté.
Le ministre malien des Affaires étrangères n’a pas répondu aux préoccupations du Conseil sur les obstacles à la liberté de circulation des casques Bleus placés par les autorités maliennes. Bamako estime par ailleurs que la proposition du secrétaire général de réduire l’arsenal etvla logistique et recentrer les missions de la Minusma ne répond pas aux besoins.
Diop s’est appesanti sur les justifications du massacre commis à Moura en 2022. A ce sujet, la responsabilité des forces maliennes fut pointée par le Haut-Commissariat aux Droits de l’homme qui récusa l’enquête. Pour le ministre, l’armée malienne n’a fait que détruire un repaire de terroristes que les forces présentes ne voulaient pas neutraliser. Le rapport d’Antonio Guterres, il y a quelques jours, mentionnait ce drame. Est-ce la goutte qui fit déborder le vase ?
Mohamed Yahya Abd El Wedoud
Directeur Akhbar Al-Fajr Al-Dawliya, Dakar



