1. Attraper une bonne suée

Il est 8 h du matin et vos vêtements sont déjà gorgés de sueur. Il fait 35 °C, l’air est saturé d’humidité. Vos bottes s’enfoncent dans la boue jusqu’à mi-mollet, votre sac à dos vous tiraille les épaules. Soyez rassurés, vous êtes sur la bonne voie : vous voici en plein cœur de l’Amazonie.

2. S’arrêter au rayon pharmacie

La jungle amazonienne est une pharmacie ambulante. Une simple branche coupée se transforme en robinet. Idéal pour se réhydrater quand il fait 35 °C ! (Photo : Gwendal Le Ménahèze)

Le guide colombien de l’agence Selvaventura, Wawi, ampute un arbre d’un coup de couteau et tend la branche au-dessus de vous. Vous ouvrez la bouche et vous délectez de l’eau fraîche qui en suinte. Votre sauveur presse une fleur rouge aux allures de lèvres pulpeuses et en tire « un liquide qui soigne les otites, enseigne Wawi. La jungle est notre pharmacie. » C’est aussi un supermarché ambulant. On y trouve de la colle en entaillant l’écorce d’un hévéa dont s’écoule du latex, ou de la ficelle et travaillant une tige fibreuse. Arrêt au rayon musique : Tomás, un autre guide colombien, tranche la branche d’un palmier qui se mue en puissante flûte.

3. Rencontrer les animaux de la forêt

À force d’agiter une branche dans un terrier, Tomás finit par en faire sortir la mygale qui l’habite. Il la taquine quelques minutes pour lui faire éjecter sa réserve de soies urticantes. Une fois ce mécanisme de défense épuisé, il peut faire grimper l’araignée sur sa main. (Photo : Gwendal Le Ménahèze)

Au son de la note aiguë, un singe vous répond en écho. Se détachant du grésillement perpétuel des insectes, un rire retentit au loin. Ce n’est pas un énième oiseau aux couleurs éclatantes, mais une grenouille rieuse. Au-dessus d’une fourmi de trois centimètres passe une abuela, large papillon bleu qui traverse la forêt avec volupté. Pour un tête à tête encore plus intimiste avec la faune amazonienne, l’exploration se poursuit de nuit. À la lumière d’une lampe torche, un scorpion escalade un tronc. Tomás trifouille le sol et finit par en sortir une mygale velue, qu’il installe sur la main du plus courageux des randonneurs qui l’accompagnent.

4. Se faire inviter chez un chaman

La maloca, habitation indigène, est considérée comme un organisme vivant, muni de ses oreilles, de sa bouche par laquelle les visiteurs sont censés entrer et de son anus par lequel ils doivent sortir. (Photo : Gwendal Le Ménahèze)

Vous installez votre paquetage dans la maloca d’El Diablo. Dans cette habitation ronde traditionnelle, le chaman initie ses invités aux coutumes ancestrales, régies par l’esprit de mère Nature et par l’équilibre entre masculin et féminin. Hormis le fait de vous empêcher de dormir, les tonitruants « hey ! hey ! hey ! » qu’El Diablo crie toute la nuit doivent vous protéger des mauvais esprits.

5. Dormir au sommet d’un arbre

Il est 6 h du matin, la brume inonde la forêt amazonienne. Doucement, une boule orangée émerge de l’océan de feuillages. Le soleil se lève sur la canopée. (Photo : Gwendal Le Ménahèze)

Non loin de la réserve naturelle Agape Eware, à l’extrême sud de la Colombie, vous enfilez un harnais avant de vous hisser au sommet d’un arbre. Perchés à 35 mètres de la terre ferme, vous regardez un soleil rose plonger dans un océan de feuillages. Après une nuit sur cette simple plate-forme en bois, le réveil est magique : vous dominez la canopée embrumée.

6. Faire escale parmi les perroquets

La réserve naturelle Flor de loto, au Pérou, héberge des perroquets multicolores. (Photo : Gwendal Le Ménahèze)

Dans l’Amazonie péruvienne, escale au bout des pontons sur pilotis de la réserve Flor de loto, surplombant la rivière où flottent d’immenses lotus. « Les plus grands peuvent supporter le poids d’un enfant », vous assure-t-on pendant qu’un garçon dépose sur votre épaule un des somptueux perroquets jaunes et bleus qui jacassent avec leurs semblables aux plumages rouges.

7. Installer son campement en pleine jungle

Expérience effrayante et excitante : monter son campement en pleine jungle, sans rien d’autre autour que des plantes et des animaux sauvages. On tend son hamac entre deux arbres, avant d’aller chercher du bois pour allumer un feu. (Photo : Gwendal Le Ménahèze)

Après quelques heures de marche, Tomás s’arrête entre deux arbres. Vous blêmissez en balayant les alentours du regard, en vain : aucune trace de civilisation. Vous vous résignez à suspendre hamac et moustiquaire pour la nuit. Il faut ensuite glaner quelques branches pour allumer le feu qui chauffera le repas. Vous vous endormez en tentant d’ignorer les bruits suspects. « L’homme croit que les animaux sauvages lui veulent forcément du mal, mais ils n’ont que faire de lui s’il ne les embête pas », rassure Tomás.

8. Pêcher des piranhas et caïmans

Pour pêcher un piranha, il faut agiter vivement la surface de l’eau avec l’extrémité de sa canne à pêche, plusieurs fois avant d’y jeter son appât. Quelques secondes suffisent souvent pour que le poisson soit pris au piège. Ses dents acérées sont impressionnantes : elles sectionnent de solides brindilles en un simple claquement de mâchoire. (Photo : Gwendal Le Ménahèze)

Assis dans une barque, vous enfilez un bout de poisson à un hameçon, avant d’agiter vivement la surface de l’eau à l’endroit où vous plongez l’appât. Le fil se tend : vous sortez de l’eau un piranha au ventre orangé. Sa puissante mâchoire aux dents pointues sectionne net de solides bouts de bois d’un sonore « clac ! ». Ne reste plus qu’à le griller : le repas est assuré.

La nuit tombée, le faisceau d’une lampe torche fait apparaître deux yeux rouges sur la berge. La barque s’y précipite et Tomás capture un jeune caïman à mains nues. Vous le saisissez à votre tour pour en sentir le corps solide et humide.

9. S’enrouler un anaconda autour du cou

L’anaconda apprivoisé de la communauté d’Aldea, au Pérou, mesure 4,5 mètres et pèse 30 kg. Son corps, luisant mais pas humide, presque doux, se déplace avec lenteur. Ses congénères sauvages font la réputation des raids dans la jungle amazonienne. (Photo : Gwendal Le Ménahèze)

Dans la communauté péruvienne d’Aldea, Arturo Torres vous accueille avec un singe araignée sur l’épaule. Il vous guide vers un gigantesque anaconda. Sans comprendre quelle folie vous prend, vous vous retrouvez avec un serpent de 4,5 mètres se languissant autour de votre cou.

10. Voguer au fil du fleuve Amazone

Voguer sur le fleuve Amazone est un voyage troublant dans la futilité des frontières : d’un côté, le Brésil ; de l’autre, le Pérou. (Photo : Gwendal Le Ménahèze)

En remontant le cours de l’Amazone, vous relativisez la notion de frontière. Alors qu’elle divise tant d’hommes, elle se résume ici à un filet d’eau que l’on traverse à sa guise. À votre gauche défile le Pérou et ses bicoques en bois enlacées par la forêt. À votre droite, le Brésil et ses bicoques en bois enlacées par la forêt. Après trois heures de vogue, vous posez enfin le pied à terre. Vous êtes en Colombie, parmi des bicoques en bois enlacées par la par la forêt.

(Photo : Gwendal Le Ménahèze)
La réserve naturelle Flor de loto. (Photo : Gwendal Le Ménahèze)