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Le cri du cœur d’un enseignant

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Un titre, une vidéo, un clic et la séquence d’une scène, malheureusement, réelle démarre. Un élève frappe son professeur à maintes reprises avant de le jeter à terre. La scène du crime n’est autre qu’une salle de cours. Et Cerise sur le gâteau, l’euphorie et les rires assourdissants de plusieurs élèves qui immortalisent l’instant par une vidéo-scandale qui suscite une vive colère et une forte indignation dans les médias et sur les réseaux sociaux. Infâme, obscène, inadmissible … rien ne peut qualifier un tel spectacle ! Les agressions des élèves à l’encontre du corps enseignant se succèdent et se ressemblent. La vidéo choquante, de l’’élève’’ du lycée à Ouarzazate a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Mais nous n’assistons pas, hélas, à des actes isolés. La violence gangrène. Elle fait désormais partie du quotidien de l’école marocaine: Outre le harcèlement moral, institutionnalisé depuis longtemps dans les établissements nationaux, l’élève marocain passe à l’acte. Il tabasse, il assène des coups de poings, il taillade le visage de son enseignant avec une arme blanche … Qu’est-ce que c’est que cette violence, sinon la transposition d’une crise à l’échelle non seulement d’un système éducatif malade voire moribond, mais de toute une société en perte de repères et de valeurs ? La violence est malheureusement partout ! Dans nos rues, dans nos maisons … Quoi de plus normal qu’elle s’exporte dans nos écoles. Elle prend le visage d’une jeunesse délinquante, affichant un désintérêt insolent vis à vis des études, et un mépris des idéaux et des institutions. Une jeunesse qui justifie, par des discours empreints de fatalisme et de défaitisme, sa compromission, sans appel, de l’avenir du pays . Et à qui incombe l’éducation forcée de cette jeunesse récalcitrante, dont les parents sont pour la plupart absents ou démissionnaires ? La gestion de cette catégorie, de moins en moins minoritaire, repose sur les épaules alourdies, sciemment fragilisées par la responsabilité et la stigmatisation, des pauvres enseignants contraints en ces temps durs à faire profil bas pour survivre. Parce qu’il n’est plus question de sanctionner les écarts de ces élèves, non ! La note ministérielle N° 14/867 a remplacé les sanctions disciplinaires par des travaux d’intérêt public au sein de l’établissement scolaire. La sonnerie d’alarme est tirée : il est urgent de remédier à cette situation, sinon, c’est la mort de l’école et de cette profession jadis noble, aujourd’hui avilie qu’est l’enseignement que vous aurez, que nous aurons tous sur la conscience. Il s’agit de restituer une ligne pédagogique qui n’exclut pas la sanction, d’admettre que certaines erreurs sont inadmissibles et parfois intolérables, de redorer l’image de l’enseignant et de rompre avec celle négative enracinée dans le subconscient des marocains, L’élève ne peut respecter l’enseignant que si la société réhabilite ce dernier dans la noblesse primordiale de sa fonction. J’en appelle à la bonne foi et à la bonne volonté du ministère de tutelle afin de mettre en œuvre une stratégie de réforme efficace et efficiente. Le développement du pays n’est envisageable que si l’on travaille d’abord à sauver l’école publique. Ceci est le cri du cœur, le vœu patriotique d’un enseignant qui aspire à un meilleur système éducatif, capable de produire un meilleur citoyen. A bon entendeur !

SANDADI Elmehdi – Enseignant au cycle secondaire qualifiant

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